histoires illustrées en aquarelles
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Chant d'un compagnon errant, textes

1. Quand ma bien-aimée se marie, se marie gaiement, le jour est sombre pour moi. Je vais dans ma chambrette, obscure chambrette, et pleure, et pleure ma bien-aimée, ma douce bien-aimée. Fleur jolie ne te fane pas ! Oiselet gentil tu chantes sur la verte bruyère : Ah que le monde est beau ! Tsicutt, tsicutt ! Ne chante pas, ne fleurie pas ! Le printemps est passé, il n'est plus temps de chanter ! Le soir quand je vais dormir, je pense à ma peine, à ma peine !


2. Ce matin j'ai traversé la prairie, des gouttes de rosée perlaient encore sur l'herbe. Me dit le gai pinson : "Dis donc, un beau matin n'est-ce pas, n'est-ce pas, toi qui vas là-bas ? Le monde ne s'annonce-t-il pas beau aujourd'hui ? belle journée, tsink, tsink, belle et joyeuse, Ah que le monde me plaît !" Et le muguet dans l'herbe aussi de ses joyeuses clochettes, ding, ding, ding, ding, ding, a fait retentir son salut matinal : "Le monde ne s'annonce-t-il pas beau aujourd'hui ? belle journée, ding, ding, Ah que le monde me plaît !" Eh ho ! et voilà que sous le soleil le monde resplendit et tout devient sons et couleurs, sous le soleil, les fleurs et les oiseaux, petits et grands. "Bonjour, bonjour ! le monde n'est-il pas beau, eh toi qui vas là-bas, n'est-ce pas une belle journée !" Et mon bonheur à moi reviendra-t-il aussi ? Non, non, celui auquel je pense ne pourra jamais, jamais refleurir !


3. J'ai une lame brûlante, une lame dans mon sein, las, las ! qui taille si profondément dans chaque joie, dans chaque plaisir, si profondément ! Ah ! que voilà un hôte cruel ! Jamais ne se repose, jamais ne se tait, ni le jour, ni la nuit quand je sommeille, las, las ! Lorsque je regarde le ciel, j'y vois deux yeux bleus, las, las ! Lorsque je vais dans le champ doré, j'y vois de loin des cheveux blonds voler dans le vent, las, las ! et lorsque je m'éveille soudain de mon rêve, et entends résonner son rire argenté, las, las ! je voudrais être étendu déjà dans le noir tombeau, je voudrais ne plus jamais, jamais rouvrir les yeux !


4. Les yeux bleus de ma bien-aimée m'ont envoyé courir le monde, et j'ai dû quitter ce lieu tant aimé. Yeux bleus, ah pourquoi m'avez-vous regardé ? Je n'aurai désormais que peines et chagrins. Je suis sorti dans la nuit tranquille, dans la nuit tranquille j'ai traversé la lande endormie. Personne ne m'a dit adieu, adieu ! Mes compagnons étaient l'amour et la peine. Au bord du chemin il y avait un tilleul, c'est là que j'ai pu dormir enfin, sous le tilleul. Il a répandu en neige ses fleurs sur moi, j'ai oublié alors ce qu'est le tourment de vivre. Tout était clair à nouveau, oui, tout était clair, tout, l'amour et la peine, le monde et le rêve.


SERAIT-CE L'ENFANT DE LA MORT QUI RÉVÈLE LA BEAUTÈ DE L'AU-DELÀ ?

DIE KINDERTOTENLIEDER : (Chants pour un enfant mort )

  • Nun will die Sonn so hell aufgehn :
Texte original 

Nun will die Sonn so hell aufgehn,als sei kein Unglück die Nacht geschehn.

Das Unglück geschah nur mir allein,
die Sonne, sie scheinet allgemein.Du musst nicht in dir verschränken,
musst sie ins ewge Licht versenken.
Ein Lämplein verlosch in meinem Zeit,

Heil sei Freundenlicht der Welt !

Traduction française

A présent le soleil radieux va se lever
comme si, la nuit, nul malheur n'avait frappé.
Le malheur n'a frappé que moi seul,
tandis que le soleil brille à la ronde.N'enferme pas la nuit en ton coeur,
plonge-là dans la lumière éternelle.
Une lampe s'est éteinte en ma demeure,
gloire à la lumière, joie du monde !

  • Nun seh ich wohl, warum so dunkle Flammen :

Texte original

 Nun seh ich wohl, warum so dunkle Flammen

ihr sprühtet mir in manchem Augenblicke,
o Augen !
Gleichsam, um voll in einem Blicke
zu drängen eure ganze Macht zusammen.
Doch ahnt' ich nicht, weil Nebel mich umschwammen,
gewoben vom verblendenden Geschike,
dass sich der Strahl bereits zur Heimkehr schicke,
dorthin, von wannen alle Strahlen stammen.Ihr wolltet mir mit eurem Leuchten sagen :
Wir möchten nah dir bleiben gerne !
Doch ist uns das vom Schicksal abgeschlagen.
Sieh uns nur an, denn bald sind wir dir ferne !
Was dir nur Augen sind in diesen Tagen,
in künftgen Nächten sind es dir nur Sterne.


Traduction française

Je sais bien désormais pourquoi vos yeux
lançaient souvent vers moi ces sombres flammes,
oh ces yeux !
Comme si, d'un seul regard, vous vouliez
concentrer tout votre pouvoir.
Je ne pressentais pas, alors enveloppé de brumes
tissées par une fatalité aveugle,
que leur clarté allait déjà s'en retourner
vers ce lieu où toutes les clartés ont leur source.Votre éclat tentait donc de me dire :
nous aimerions rester à tes côtés,
mais le destin nous l'a refusé.
Regarde-nous bien, car nous serons bientôt loin !
Et ces yeux où tu ne perçois rien en ces jours
ne seront plus que des étoiles dans ta nuit.

  • Wenn dein Mütterlein :

Texte original

 Wenn dein Mütterlein

tritt zur Tür herein,
und den Kopf ich drehe,
ihr entgegen sehe,
fällt au ihr Gesicht
erst der Blick mir nicht,
sondern auf die Stelle,
näher nach der Schwelle,
dort, wo würde dein
lieb Gesichtchen sein,
wenn du freundenhelle
trätest mir herein,
wie sonst, mein Töchterlein.Wenn dein Mütterlein
tritt zur Tür herein,
mit der Kerze Schimmer,
ist es mir, als immer,
kämst du mit herein,
huschtest hinterdrein,
als wie sonst ins Zimmer !O du, des Vaters Zelle,
ach, zu schnelle

erloschner Freudenschein !

Traduction française

Quand ta tendre mère
paraît à la porte
et que je tourne la tête
pour regerder vers elle,
mes yeux ne vont pas
d'abord vers son visage,
mais vers cet endroit,
là tout près du seuil,
où je devrais voir
ton doux petit visage
si tu entrais aussi,
rayonnante de joie,
comme autrefois, ma petite fille.Quand ta tendre mère
paraît à la porte,
à la lueur de sa bougie,
toujours il me semble
que tu vas venir aussi,
te glissant derrière elle,
comme autrefois, dans la pièce.Ô toi, rayon de joie
dans la retraite de ton père,
ah, rayon de joie trop vite éteint !

  • Oft denk ich, sie sind nur ausgegangen :
Texte original

 Oft denk' ich, sie sind nur ausgegangen !

Bald werden sie wieder nach Hause gelangen !
Der Tag ist schön! O sei nicht bang !
Sie machen nur einen weiten Gang !Jawohl, sie sind nur ausgegangen
Und werden jetzt nach Hause gelangen !
O, sei nicht bang, der Tag is schön !
Sie machen nur den Gang zu jenen Höh'n !Sie sind uns nur vorausgegangen
Und werden nicht wieder nach Haus verlangen !
Wir holen sie ein auf jenen Höh'n

Im Sonnenschein ! Der Tag is schön !

Traduction française

Souvent je me dis qu'ils sont seulement sortis !
Ils vont bientôt rentrer à la maison !
La journée est belle ! Oh, ne sois pas inquiet !
Ils font seulement une longue promenade.Bien sûr, ils sont seulement sortis
et vont maintenant renter à la maison.
Oh, ne sois pas inquiet ! La journée est belle !
Ils se promènent seulement jusqu'aux collines.Ils nous ont seulement précédé
et ne voudront plus revenir à la maison !
Nous allons les rejoindre, là-haut sur ces collines
en plein soleil ! La journée est belle !

  • In diesem Wetter, in diesem Braus :
Texte original 

In diesem Wetter, in diesem Braus,

Nie hätt' ich gesendet die Kinder hinaus !
Man hat sie getragen hinaus,
Ich durfte nichts dazu sagen !In diesem Wetter, in diesem Saus,
Nie hätt' ich gelassen die Kinder hinaus,
Ich fürchtete sie erkranken;
Das sind nun eitle Gedanken,In diesem Wetter, in diesem Graus,
Nie hätt' ich gelassen die Kinder hinaus,
Ich sorgte, sie stürben morgen;
Das ist nun nicht zu besorgen.In diesem Wetter, in diesem Graus,
Nie hätt' ich gesendet die Kinder hinaus,
Man hat sie hinaus getragen,
Ich durfte nichts dazu sagen!In diesem Wetter, in diesem Saus,
In diesem Braus,
Sie ruh'n als wie in der Mutter Haus,
Von keinem Sturm erschrecket,
Von Gottes Hand bedecket,
Sie ruh'n wie in der Mutter Haus.

 Traduction française

Par ce mauvais temps, cet ouragan,
jamais je n'aurais fait sortir les enfants ;
on les a emportés au dehors
et je n'ai eu le droit de ne rien dire.Par ce mauvais temps, cet ouragan,
je n'aurais jamais laissé sortir les enfants,
j'aurais eu peur qu'ils tombent malades ;
quelles vaines pensées à présent !Par ce mauvais temps, ce ciel sinistre,
je n'aurais jamais laissé sortir les enfants,
j'aurais craint qu'ils ne meurent demain,
inutile de craindre à présent.Par ce mauvais temps, ce ciel sinistre,
je n'aurais jamais laissé sortir les enfants ;
on les a emportés au dehors
et je n'ai eu le droit de ne rien dire.Par ce mauvais temps, cet ouragan,
ce vent qui hurle,
ils reposent comme dans le sein de leur mère.
Ne redoutant nulle tempête,
protégés par la main de Dieu,
ils reposent comme dans le sein de leur mère.


"LA PESTE" CAMUS HUSTER


UNIVERS BLEU D'UNE UTOPIE POLYÉDRIQUE